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Publishing Grand-écart

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David Larlet 1 year ago
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# Grand-écart

*À la limite de la déchirure.*

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<title>Grand-écart — David Larlet</title>
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<h1>Grand-écart</h1>
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<p><em>À la limite de la déchirure.</em></p>
<h2 id="post-vitam">Post vitam <a href="#post-vitam" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2><p>(Désolé pour les latinistes, si vous avez mieux pour l’inverse d’un <em>post mortem</em>…)</p>
<p>Six mois après <a href="/david/2020/05/26/">la mise en ligne</a>, le gouvernement français considère enfin <a href="https://mesconseilscovid.sante.gouv.fr/">notre travail</a> et se met à communiquer dessus. Je n’ai pas de fierté mais j’avais des frustrations et je vais tenter de les exprimer ci-dessous, probablement avec maladresse.</p>
<p><em>Le service est apprécié.</em> Je ne m’en remet toujours pas mais on a plus de 90 % d’avis positifs de manière relativement constante dans le temps. Associée à cette mesure, on a les messages envoyés qui sont apaisés et aidants (presque aimants parfois !). Lorsque j’observe ce qui se passe côté TousAnti<strike>Stop</strike>Covid, je me dis qu’un tel accueil est plutôt rare. Ou que ce produit est vraiment utile.</p>
<p><em>Le site est léger.</em> Au fil du temps on adapte, on enrichit, on arbitre mais on reste sur une approche économique en terme de bande passante et de ressources, surtout pour une page qui doit rester utilisable sans connexion. Sachant que le site est utilisé à plus de 80 % sur des terminaux mobiles, cela me semble être critique pour une bonne adoption.</p>
<p><em>Les données sont protégées.</em> Principalement car on a fait le choix de ne pas les collecter. Tout reste dans le navigateur et peut être effacé en un clic/touch. C’est une contrainte forte et c’est aussi un moyen de <em>nous</em> protéger d’une éventuelle récupération de ces données à des fins moins vertueuses. Le modèle de menace pouvant être externe et/ou interne.</p>
<p><em>Les contenus sont statiques.</em> <a href="https://effetcapital.tumblr.com/">L’effet Capital</a> est toujours là mais il est tout de même bien amoindri lorsque on sert quelques fichiers HTML/CSS/JS sans aucun travail côté serveur. Les statistiques sont collectés avec <a href="https://plausible.io/">Plausible</a> que l’on a installé chez nous et que l’on appelle avec du <a href="https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/blob/master/src/scripts/plausible.js">code compréhensible</a>.</p>
<p><em>Le code est ouvert.</em> Cela permet aux citoyens de faire un audit (sécurité, respect de la vie privée, etc) et de <a href="https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/pull/478">participer</a> pour pallier nos failles/oublis. Cela permet aussi <a href="https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/issues?q=author%3Ayann-mael+">aux médecins</a> de proposer des mise en conformité à la doctrine gouvernementale directement sur les contenus qui sont en Markdown.</p>
<p>Alors voilà, c’est aujourd’hui devenu un peu moins confidentiel et je m’en réjouis car c’est <em>notre</em> <a href="https://mesconseilscovid.sante.gouv.fr/">petit caillou</a> pour informer dans une situation atypique et anxiogène.</p>
<h2 id="jugements">Jugements <a href="#jugements" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>Le problème, estime Ruha Benjamin, c’est que <mark>les concepteurs encodent des jugements dans des systèmes techniques</mark>, mais prétendent que les résultats racistes et discriminatoires de leurs conceptions sont entièrement extérieurs au processus qu’ils mettent en place. Pour elle, nous sommes confrontés à un <em>« déni numérique »</em> alors que nous devrions considérer les choix des industries privées comme des décisions politiques.</p>
<p><cite><em><a href="http://www.internetactu.net/2020/09/15/de-lautomatisation-de-la-discrimination/">De l’automatisation de la discrimination</a></em> (<a href="/david/cache/2020/ae745ef49435700cf03d51a5eac5db2d/">cache</a>)</cite></p>
</blockquote>
<p>Nos productions techniques sont pleines de biais <em>et</em> il suffit parfois d’une seule personne dans l’équipe pour pousser vers une écriture épicène ou considérer des minorités qui étaient complètement dans notre/mon angle mort. C’est un travail quotidien.</p>
<p>Les choix exprimés <a href="#post-vitam">plus haut</a> sont-ils techniques ou politiques ? <em>Les deux.</em> D’autres personnes auraient fait d’autres choix qui auraient aboutis à un autre produit. Je crois que la question n’est pas de savoir s’il aurait été techniquement meilleur ou pas, mais de la direction qu’il invite à prendre en donnant un exemple de futur possible.</p>
<h2 id="hurler">Hurler <a href="#hurler" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>Nous avions un trimestre. J’ai envie de hurler parce qu’on n’a rien préparé à part de jolis discours pour dire qu’on était prêts.</p>
<p>J’ai envie de hurler mais je préfère me concen­trer sur l’avenir. <mark>Nous avons encore du temps</mark>, plein de temps, trop de temps en fait parce que la situa­tion risque de durer. Ce temps il serait bien de l’uti­li­ser à autre chose que déli­miter ce qu’on inter­dit au fur et à mesure de la propa­ga­tion.</p>
<p><cite><em><a href="https://n.survol.fr/n/nous-avons-encore-du-temps-trop-de-temps">Nous avons encore du temps, trop de temps</a></em> (<a href="/david/cache/2020/d9b134bfc282d16627d4b43c2f254a22/">cache</a>)</cite></p>
</blockquote>
<p>J’ai envie de hurler aussi lorsque je vois les décisions qui sont prises et les erreurs grossières de communication en temps de crise. Par contre, je suis moins optimiste sur le temps qu’il nous reste. J’ai l’impression que ça craque de partout et qu’il ne manque pas grand chose pour que ça déborde avec violence.</p>
<p>Là où les gouvernements ont eu du mal à gérer une séquence de catastrophes, je les imagine difficilement appréhender un empilement d’évènements de manière systémique sans être — au mieux — contre-productifs. Et là où il y a un déficit de confiance et d’espoir, un vide se crée qui laisse la place à des orientations pas toujours enviables.</p>
<h2 id="delire-collectif">Délire collectif <a href="#delire-collectif" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>QAnon, qui était probablement une blague au départ, joue désormais un rôle important dans la campagne électorale américaine. Il met en difficulté les administrateurs des grands réseaux sociaux et il est devenu un réseau mondial à part entière, voire même une secte, comme il est de plus en plus définit.</p>
<p>[…]</p>
<p>Dans les études sur le conspirationnisme, les chercheurs ont inventé le néologisme <em>conspirituality</em> — conspiration + spiritualité.</p>
<p><cite><em><a href="https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid">Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [1/2]</a></em> (<a href="/david/cache/2020/a7aeda811863501accbfc92553cb1f14/">cache</a>)</cite></p>
</blockquote>
<p>Je ne m’étais pas intéressé plus que ça à ce qu’il y avait derrière l’étiquette <em>QAnon</em> et d’une certaine manière — après la sidération/tristesse — il y a un côté rassurant. J’ai parfois la nécessité de me rassurer sur ma santé mentale lorsque je me dis que la situation actuelle ne peut déboucher que sur un renouveau de la Croyance (<em>conspiritualité</em> en français c’est encore mieux). Tous les éléments sont réunis et je m’attendais à un <em>leader</em> charismatique mais en fait un phénomène diffus et décentralisé pourrait être encore plus puissant.</p>

<blockquote>
<p>Mais il ne s’agit pas ici de la liberté d’expression ou de culte d’une minorité persécutée. Nous parlons d’une secte réelle (QAnon) qui croit en l’existence d’une secte imaginaire (la Cabale), invente des calomnies impressionnantes, déchaîne ses adeptes dans des lynchages virtuels et rêve d’extermination, bien que – pour le moment du moins – ils comptent sur un pouvoir putschiste pour la réaliser. Tout cela en vénérant un milliardaire, Donald Trump, qui est aussi l’homme politique le plus puissant de la planète.</p>
<p>[…]</p>
<p>Je choisis les <mark>fantasmagories du complot</mark> parce que, par rapport à l’analyse de classe de la société et à la critique de l’économie politique, ils sont moins contraignants et plus confortables.</p>
<p><cite><em><a href="https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid-3491">Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [2/2]</a></em> (<a href="/david/cache/2020/d2f9981b67269d49060a09ce9d768831/">cache</a>)</cite></p>
</blockquote>
<p>Je trouve cela fascinant de pouvoir observer les mécanismes au sein de telles communautés. Les potins d’une cours de récréation à la dimension du web. Il y a un enfant de 7 ans à la maison qui nous rapporte que son ami à trouvé un diamant dans son jardin. Je crois qu’il s’agit du même schéma d’auto-persuasion collective qui est à l’œuvre… à une toute autre échelle.</p>
<h2 id="pofigisme">Pofigisme <a href="#pofigisme" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>En Russie, pour signifier qu’on s’en fout, on dit <q>mnie po figou</q>. Et on appelle « pofigisme » l’accueil résigné de toute chose. Les Russes se vantent d’opposer leur pofigisme intérieur aux convulsions de l’Histoire, aux soubresauts du climat, à la vilénie de leurs chefs. Le pofigisme n’emprunte ni à la résignation des stoïciens ni au détachement des bouddhistes. Il n’ambitionne pas de mener l’homme à la vertu sénéquienne ne de dispenser des mérites karmiques. Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier. Le <em>pofigisme</em> est <mark>un état de passivité intérieure corrigée par une force vitale</mark>. Le profond mépris envers toute espérance n’empêche pas le pofigiste de rafler le plus de saveur possible à la journée qui passe.</p>
<p><cite><em><a href="/david/2020/12/21/#dans-les-forets-de-siberie">Dans les forêts de Sibérie</a></em>, Sylvain Tesson</cite></p>
</blockquote>
<p>J’ai encore un peu de mal à l’accepter mais on a fini par acheter une voiture. Il y a de la résignation dans cet acte et aussi l’espoir de quitter la ville. J’aurais l’occasion d’en reparler mais je voulais consigner cet achat ici pour future référence.</p>
<h2 id="dettes">Dettes <a href="#dettes" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>You’re probably going to die with some debt to your name. Most people do. In fact, <mark>73% of consumers had outstanding debt when they were reported as dead</mark>, according to December 2016 data provided to Credit.com by credit bureau Experian. Those consumers carried an average total balance of $61,554, including mortgage debt. Without home loans, the average balance was $12,875.</p>
<p><cite><em><a href="https://www.credit.com/blog/americans-are-dying-with-an-average-of-62k-of-debt-168045/">Americans Are Dying With an Average of $62K of Debt</a></em> (<a href="/david/cache/2020/a72d2139ab4c1269363ea1744a61ee50/">cache</a>)</cite></p>
</blockquote>
<p>Un états-unien sur quatre meurt en étant toujours endetté. Au moment où je m’interroge à ce sujet, cette statistique est assez terrifiante. Tout est fait pour vivre à crédit en Amérique du Nord et il est très difficile d’y échapper, ne serait-ce que pour être crédit…ble lorsqu’on cherche à louer un logement. C’est assez contre-intuitif pour ma culture qui interprète l’endettement comme un discrédit justement. N’est-il pas suffisant de vivre avec ce que l’on a déjà « acquis » ?</p>
<p><em>Probablement à rapprocher d’une culture colonisatrice et insatiable.</em></p>
<h2 id="ornithophile">Ornithophile <a href="#ornithophile" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>On doit le diagnostique de cet effondrement à des scientifiques aussi bien qu’à des amateurs — il y entre en effet une sorte d’amitié pour les oiseaux, quelque chose que chacun peut éprouver pour son compte. Fabienne Raphoz, qui écrit depuis longtemps, essais et poèmes, sur les oiseaux, se dit ainsi « ornithophile » : ni ornithologue, ni méthodique <em>birdwatcher</em>, mais ornithophile, mue par l’amour des oiseaux et le plaisir pris à leur existence.</p>
<p>Ornithophilie : <mark>joie que les oiseaux soient là, surprise qu’ils existent et qu’ils soient tels</mark>, plaisir pris à la forme de leur présence, à la manière dont ils peuplent le ciel et ouvrent au-devant de nous un monde de lignes et de chants. Mais aussi, et surtout, vigilance quant à leur sort, et tristesse devant leur disparition.</p>
<p>[…]</p>
<p>Le disparition progressive du chant des oiseaux est la mesure sonore de ce qui arrive à notre environnement tout entier : de ce qui nous arrive. C’est son poème criant, son élégie, le long lamento, troué de pépiements, de l’anthropocène.</p>
<p><cite><em><a href="/david/2020/12/21/#nos-cabanes">Nos cabanes</a></em>, Marielle Macé</cite></p>
</blockquote>
<p>Je crois qu’avec mes <a href="/david/2020/09/16/#jumelles">jumelles</a> je me retrouve beaucoup dans cette description. Je ne sais plus où je lisais, il y a quelques mois, une réflexion poétique sur des survivants de dinosaures qui nous chanteraient depuis toujours des avertissements/témoignages quant aux conséquences d’une extinction de masse. Depuis, je n’écoute plus les oiseaux de la même manière.</p>

<blockquote>
<p>L’écologie aujourd’hui ne saurait être seulement une affaire d’accroissement des connaissances et des maîtrises, ni même de préservation ou de réparation. Il doit y entrer quelque chose d’une <em>philia</em> : une amitié pour la vie elle-même et pour la multitude de ses phrasés, un concernement, un souci, un attachement à l’existence d’autres formes de vie et un désir de s’y relier vraiment.</p>
<p><cite><em>Ibid.</em></cite></p>
</blockquote>
<h2 id="reflet">Reflet <a href="#reflet" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>L’amour vrai ne serait-il pas d’aimer ce qui nous est irrémédiablement différent ? Non pas un mammifère ou un oiseau, qui sont encore trop proches de notre humanité, mais un insecte, une paramécie. Il y a dans l’humanisme un parfum de corporatisme reposant sur l’impératif d’aimer ce qui nous ressemble. L’homme se doit d’aimer l’homme comme le chirurgien-dentiste aime les autres chirurgiens-dentistes. Dans la clairière, j’inverse la proposition et tente d’aimer les bêtes avec une intensité proportionnelle au degré d’éloignement biologique qu’elles entretiennent avec moi. <mark>Aimer c’est reconnaître la valeur de ce qu’on ne pourra jamais connaître.</mark> Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d’un semblable.</p>
<p><cite><em><a href="/david/2020/12/21/#dans-les-forets-de-siberie">Dans les forêts de Sibérie</a></em>, Sylvain Tesson</cite></p>
</blockquote>
<p>Je redécouvre ces extraits, recopiés il y a quelques mois, sans toujours me souvenir de la raison pour laquelle j’ai été interpellé à l’époque. Alors je ré-interprète mon propre cheminement de pensée. Je deviens mon propre reflet. En perdant la mémoire, reconnait-on la valeur de ce que l’on a déjà connu ? Pari gagnant.</p>

<blockquote>
<p>Le reflet offre à l’homme de contempler deux fois la splendeur. […] Les montagnes jouent à front renversé. Les reflets sont plus beaux que la réalité. L’eau féconde l’image de sa profondeur, de son mystère. La vibration à la surface situe la vision aux lisières du rêve.</p>
<p><cite><em>Ibid.</em></cite></p>
</blockquote>
<h2 id="impatience">Impatience <a href="#impatience" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p><em>[En mangeant.]</em><br />
J’ai hâte de savoir ce que je vais faire dans ma vie.</p>
</blockquote>
<p>Parfois, la prise de recul est assez vertigineuse.</p>

</main>
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// currently iterating on, otherwise the browser will be stuck
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david/2020/11/27/index.html View File

@@ -57,7 +57,7 @@
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david/2020/12-21.md View File

@@ -11,4 +11,5 @@
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david/2020/12/21/index.html View File

@@ -146,17 +146,11 @@ L’alternative c’est l’ermitage.</p>
<p>[…]</p>
<p>Dans un ermitage, on se contente d’être aux loges de la forêt. Les fenêtres servent à accueillir la nature en soi, non à s’en protéger. On la contemple, on y prélève ce qu’il faut, mais on ne se nourrit pas de l’ambition de la soumettre. <mark>La cabane permet une posture, mais ne donne pas un statut.</mark> On joue à l’ermite, on ne peut se prétendre pionnier.</p>
<p>[…]</p>
<p>L’amour vrai ne serait-il pas d’aimer ce qui nous est irrémédiablement différent ? Non pas un mammifère ou un oiseau, qui sont encore trop proches de notre humanité, mais un insecte, une paramécie. Il y a dans l’humanisme un parfum de corporatisme reposant sur l’impératif d’aimer ce qui nous ressemble. L’homme se doit d’aimer l’homme comme le chirurgien-dentiste aime les autres chirurgiens-dentistes. Dans la clairière, j’inverse la proposition et tente d’aimer les bêtes avec une intensité proportionnelle au degré d’éloignement biologique qu’elles entretiennent avec moi. <mark>Aimer c’est reconnaître la valeur de ce qu’on ne pourra jamais connaître.</mark> Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d’un semblable.</p>
<p>[…]</p>
<p>Le reflet offre à l’homme de contempler deux fois la splendeur. […] Les montagnes jouent à front renversé. Les reflets sont plus beaux que la réalité. L’eau féconde l’image de sa profondeur, de son mystère. La vibration à la surface situe la vision aux lisières du rêve.</p>
<p>[…]</p>
<p>La bionique consiste à s’inspirer des inventions de la biologie pour les appliquer à la technique. Il faudrait fonder l’école de l’éthobionique. On s’inspirerait du comportement animal pour conduire nos actes. Au moment d’agir, au lieu de demander conseil à nos héros — qu’auraient décidé Marc Aurèle, Lancelot ou Geronimo — on se dirait : « Et maintenant, que ferait mon chien ? Et un cheval ? Et le tigre ? Et même l’huître (modèle de placidité) ? » Les bestiaires deviendraient nos livres de conduite. L’éthologie serait promue science morale.</p>
<p>[…]</p>
<p>La contemplation, c’est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que « chacun trouve sa place dans la société active »•</p>
<p>[…]</p>
<p>La cabane est le lieu du <em>pas de côté</em>. Le havre de vide où l’on n’est pas forcé de <em>réagir</em> à tout. Comment mesurer le confort de ces jours libérés de la mise en demeure de <em>répondre</em> aux questions ? Je sais à présent le caractère agressif d’une conversation. Prétendant s’intéresser à vous, un interlocuteur fracasse le halo du silence, s’immisce sur la rive du temps et vous somme de répondre à ce qu’il vous demande. <mark>Tout dialogue est une lutte.</mark></p>
<p>[…]</p>
<p>En Russie, pour signifier qu’on s’en fout, on dit <q>mnie po figou</q>. Et on appelle « pofigisme » l’accueil résigné de toute chose. Les Russes se vantent d’opposer leur pofigisme intérieur aux convulsions de l’Histoire, aux soubresauts du climat, à la vilénie de leurs chefs. Le pofigisme n’emprunte ni à la résignation des stoïciens ni au détachement des bouddhistes. Il n’ambitionne pas de mener l’homme à la vertu sénéquienne ne de dispenser des mérites karmiques. Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier. Le <em>pofigisme</em> est <mark>un état de passivité intérieure corrigée par une force vitale</mark>. Le profond mépris envers toute espérance n’empêche pas le pofigiste de rafler le plus de saveur possible à la journée qui passe.</p>
<p><cite><em>Dans les forêts de Sibérie</em>, Sylvain Tesson</cite></p>
</blockquote>
<p>Ce livre est presque trop bien écrit pour réussir à entrer dedans, sans compter la romanticisation de l’isolement. C’est la première fois que cela m’arrive et c’est troublant. Peut-être que cela se produit lorsqu’on reste dans une cabane trop longtemps… à garder en mémoire.</p>
@@ -164,14 +158,27 @@ L’alternative c’est l’ermitage.</p>
<h2 id="avoir-ou-etre">Avoir ou être <a href="#avoir-ou-etre" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>Dans le mode avoir, il n’existe aucune relation vivante entre moi et ce que j’ai ; « ça » et « moi » sont devenus des objets, et j’ai <em>ça</em> parce que j’ai le pouvoir de le rendre mien. Mais il existe aussi une relation inverse : <em>ça possède moi</em>, parce que le sentiment de mon identité, c’est-à-dire de ma santé d’esprit, repose sur le fait que j’ai <em>ça</em> (et le plus de choses possible). Le mode avoir d’existence n’est pas établi par un processus vivant, productif entre le sujet et l’objet ; il « chosifie » à la fois l’objet et le sujet. C’est une relation morte, et non pas vivante.</p>
<p><cite><em>Avoir ou être</em>, Erich Fromm</cite></p>
</blockquote>
<p>Le sous-titre du livre d’Erich Fromm me faisait un peu peur : « Un choix dont dépend l’avenir de l’homme » mais c’est finalement lisible sans trop déprimer. Enfin presque.</p>
<h2 id="comment-je-suis-devenue-anarchiste">Comment je suis devenue anarchiste <a href="#comment-je-suis-devenue-anarchiste" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>Si ce mot est devenu aussi sulfureux, c’est parce que le système auquel ce courant de pensée s’oppose a tenté de le museler en le diabolisant. Dans l’inconscient de la plupart d’entre nous, ce mot, anarchie, est devenu symbole de chaos, d’attentats, ou tout du moins d’un désordre absolu. Or, c’est tout le contraire !</p>
<p><cite><em>Comment je suis devenue anarchiste</em>, Isabelle Attard</cite></p>
</blockquote>
<p>Un témoignage comme une invitation d’Isabelle Attard à se revendiquer anarchiste. J’ai accepté :-).</p>
<h2 id="plutot-couler-en-beaute-que-flotter-sans-grace">Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce <a href="#plutot-couler-en-beaute-que-flotter-sans-grace" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2><p>Livre de Corinne Morel Darleux en cours de lecture.</p>
<h2 id="nos-cabanes">Nos cabanes <a href="#nos-cabanes" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>Or c’est bien pour ça que l’on fait des cabanes : pour prendre soin de ce qui mérite que l’on y tienne, que l’on s’y tienne, et dire ce que l’on a besoin de protéger pour préserver notre amour de la vie.</p>
<p><cite><em>Nos cabanes</em>, Marielle Macé</cite></p>
</blockquote>
<p>Un style plein d’énergie, peut-être un peu trop parfois pour mon mode de lecture. Je le vois comme un paquet de graines qui est semé <a href="https://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Liste_d%E2%80%99expressions_marseillaises_en_fran%C3%A7ais#rabailler">à la rasbaille</a>. Rattrape qui pourra. J’ai réuni quelques jolies graines, on verra bien ce qui poussera.</p>
<h2 id="plutot-couler-en-beaute-que-flotter-sans-grace">Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce <a href="#plutot-couler-en-beaute-que-flotter-sans-grace" title="Ancre vers cette partie">#</a></h2>
<blockquote>
<p>S’il n’existe plus de géographie du refuge hors l’exil, et que l’on veut continuer à vivre en société, parce que chacun n’a pas la possibilité de s’échapper en mer ou vers les sommets, alors il faut trouver ailleurs, en soi, la manière de s’extraire de la <em>Machine</em> et de faire corps avec le monde vivant contre le <em>Monstre</em>.</p>
<p><cite><em>Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce</em>, Corinne Morel Darleux</cite></p>
</blockquote>
<p>Livre de Corinne Morel Darleux en cours de lecture.</p>

</main>
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david/2020/fragments/Avoir ou etre.md View File

@@ -1,5 +1,7 @@
## Avoir ou être

> Dans le mode avoir, il n’existe aucune relation vivante entre moi et ce que j’ai ; « ça » et « moi » sont devenus des objets, et j’ai *ça* parce que j’ai le pouvoir de le rendre mien. Mais il existe aussi une relation inverse : *ça possède moi*, parce que le sentiment de mon identité, c’est-à-dire de ma santé d’esprit, repose sur le fait que j’ai *ça* (et le plus de choses possible). Le mode avoir d’existence n’est pas établi par un processus vivant, productif entre le sujet et l’objet ; il « chosifie » à la fois l’objet et le sujet. C’est une relation morte, et non pas vivante.
>
> <cite>*Avoir ou être*, Erich Fromm</cite>

Le sous-titre du livre d’Erich Fromm me faisait un peu peur : « Un choix dont dépend l’avenir de l’homme » mais c’est finalement lisible sans trop déprimer. Enfin presque.

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david/2020/fragments/Comment je suis devenue anarchiste.md View File

@@ -1,5 +1,7 @@
## Comment je suis devenue anarchiste

> Si ce mot est devenu aussi sulfureux, c’est parce que le système auquel ce courant de pensée s’oppose a tenté de le museler en le diabolisant. Dans l’inconscient de la plupart d’entre nous, ce mot, anarchie, est devenu symbole de chaos, d’attentats, ou tout du moins d’un désordre absolu. Or, c’est tout le contraire !
>
> <cite>*Comment je suis devenue anarchiste*, Isabelle Attard</cite>

Un témoignage comme une invitation d’Isabelle Attard à se revendiquer anarchiste. J’ai accepté :-).

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david/2020/fragments/Dans les forets de Siberie.md View File

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>
> […]
>
> L’amour vrai ne serait-il pas d’aimer ce qui nous est irrémédiablement différent ? Non pas un mammifère ou un oiseau, qui sont encore trop proches de notre humanité, mais un insecte, une paramécie. Il y a dans l’humanisme un parfum de corporatisme reposant sur l’impératif d’aimer ce qui nous ressemble. L’homme se doit d’aimer l’homme comme le chirurgien-dentiste aime les autres chirurgiens-dentistes. Dans la clairière, j’inverse la proposition et tente d’aimer les bêtes avec une intensité proportionnelle au degré d’éloignement biologique qu’elles entretiennent avec moi. ==Aimer c’est reconnaître la valeur de ce qu’on ne pourra jamais connaître.== Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d’un semblable.
>
> […]
>
> Le reflet offre à l’homme de contempler deux fois la splendeur. […] Les montagnes jouent à front renversé. Les reflets sont plus beaux que la réalité. L’eau féconde l’image de sa profondeur, de son mystère. La vibration à la surface situe la vision aux lisières du rêve.
>
> […]
>
> La bionique consiste à s’inspirer des inventions de la biologie pour les appliquer à la technique. Il faudrait fonder l’école de l’éthobionique. On s’inspirerait du comportement animal pour conduire nos actes. Au moment d’agir, au lieu de demander conseil à nos héros — qu’auraient décidé Marc Aurèle, Lancelot ou Geronimo — on se dirait : « Et maintenant, que ferait mon chien ? Et un cheval ? Et le tigre ? Et même l’huître (modèle de placidité) ? » Les bestiaires deviendraient nos livres de conduite. L’éthologie serait promue science morale.
>
> […]
@@ -76,10 +68,6 @@
>
> La cabane est le lieu du *pas de côté*. Le havre de vide où l’on n’est pas forcé de *réagir* à tout. Comment mesurer le confort de ces jours libérés de la mise en demeure de *répondre* aux questions ? Je sais à présent le caractère agressif d’une conversation. Prétendant s’intéresser à vous, un interlocuteur fracasse le halo du silence, s’immisce sur la rive du temps et vous somme de répondre à ce qu’il vous demande. ==Tout dialogue est une lutte.==
>
> […]
>
> En Russie, pour signifier qu’on s’en fout, on dit <q>mnie po figou</q>. Et on appelle « pofigisme » l’accueil résigné de toute chose. Les Russes se vantent d’opposer leur pofigisme intérieur aux convulsions de l’Histoire, aux soubresauts du climat, à la vilénie de leurs chefs. Le pofigisme n’emprunte ni à la résignation des stoïciens ni au détachement des bouddhistes. Il n’ambitionne pas de mener l’homme à la vertu sénéquienne ne de dispenser des mérites karmiques. Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier. Le *pofigisme* est ==un état de passivité intérieure corrigée par une force vitale==. Le profond mépris envers toute espérance n’empêche pas le pofigiste de rafler le plus de saveur possible à la journée qui passe.
>
> <cite>*Dans les forêts de Sibérie*, Sylvain Tesson</cite>

Ce livre est presque trop bien écrit pour réussir à entrer dedans, sans compter la romanticisation de l’isolement. C’est la première fois que cela m’arrive et c’est troublant. Peut-être que cela se produit lorsqu’on reste dans une cabane trop longtemps… à garder en mémoire.

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david/2020/fragments/Delire.md View File

@@ -0,0 +1,21 @@
## Délire collectif

> QAnon, qui était probablement une blague au départ, joue désormais un rôle important dans la campagne électorale américaine. Il met en difficulté les administrateurs des grands réseaux sociaux et il est devenu un réseau mondial à part entière, voire même une secte, comme il est de plus en plus définit.
>
> […]
>
> Dans les études sur le conspirationnisme, les chercheurs ont inventé le néologisme *conspirituality* — conspiration + spiritualité.
>
> <cite>*[Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [1/2]](https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid)* ([cache](/david/cache/2020/a7aeda811863501accbfc92553cb1f14/))</cite>

Je ne m’étais pas intéressé plus que ça à ce qu’il y avait derrière l’étiquette *QAnon* et d’une certaine manière — après la sidération/tristesse — il y a un côté rassurant. J’ai parfois la nécessité de me rassurer sur ma santé mentale lorsque je me dis que la situation actuelle ne peut déboucher que sur un renouveau de la Croyance (*conspiritualité* en français c’est encore mieux). Tous les éléments sont réunis et je m’attendais à un *leader* charismatique mais en fait un phénomène diffus et décentralisé pourrait être encore plus puissant.

> Mais il ne s’agit pas ici de la liberté d’expression ou de culte d’une minorité persécutée. Nous parlons d’une secte réelle (QAnon) qui croit en l’existence d’une secte imaginaire (la Cabale), invente des calomnies impressionnantes, déchaîne ses adeptes dans des lynchages virtuels et rêve d’extermination, bien que – pour le moment du moins – ils comptent sur un pouvoir putschiste pour la réaliser. Tout cela en vénérant un milliardaire, Donald Trump, qui est aussi l’homme politique le plus puissant de la planète.
>
> […]
>
> Je choisis les ==fantasmagories du complot== parce que, par rapport à l’analyse de classe de la société et à la critique de l’économie politique, ils sont moins contraignants et plus confortables.
>
> <cite>*[Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [2/2]](https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid-3491)* ([cache](/david/cache/2020/d2f9981b67269d49060a09ce9d768831/))</cite>

Je trouve cela fascinant de pouvoir observer les mécanismes au sein de telles communautés. Les potins d’une cours de récréation à la dimension du web. Il y a un enfant de 7 ans à la maison qui nous rapporte que son ami à trouvé un diamant dans son jardin. Je crois qu’il s’agit du même schéma d’auto-persuasion collective qui est à l’œuvre… à une toute autre échelle.

+ 9
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david/2020/fragments/Dettes.md View File

@@ -0,0 +1,9 @@
## Dettes

> You’re probably going to die with some debt to your name. Most people do. In fact, ==73% of consumers had outstanding debt when they were reported as dead==, according to December 2016 data provided to Credit.com by credit bureau Experian. Those consumers carried an average total balance of $61,554, including mortgage debt. Without home loans, the average balance was $12,875.
>
> <cite>*[Americans Are Dying With an Average of $62K of Debt](https://www.credit.com/blog/americans-are-dying-with-an-average-of-62k-of-debt-168045/)* ([cache](/david/cache/2020/a72d2139ab4c1269363ea1744a61ee50/))</cite>

Un états-unien sur quatre meurt en étant toujours endetté. Au moment où je m’interroge à ce sujet, cette statistique est assez terrifiante. Tout est fait pour vivre à crédit en Amérique du Nord et il est très difficile d’y échapper, ne serait-ce que pour être crédit…ble lorsqu’on cherche à louer un logement. C’est assez contre-intuitif pour ma culture qui interprète l’endettement comme un discrédit justement. N’est-il pas suffisant de vivre avec ce que l’on a déjà « acquis » ?

*Probablement à rapprocher d’une culture colonisatrice et insatiable.*

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david/2020/fragments/Hurler.md View File

@@ -0,0 +1,11 @@
## Hurler

> Nous avions un trimestre. J’ai envie de hurler parce qu’on n’a rien préparé à part de jolis discours pour dire qu’on était prêts.
>
> J’ai envie de hurler mais je préfère me concen­trer sur l’avenir. ==Nous avons encore du temps==, plein de temps, trop de temps en fait parce que la situa­tion risque de durer. Ce temps il serait bien de l’uti­li­ser à autre chose que déli­miter ce qu’on inter­dit au fur et à mesure de la propa­ga­tion.
>
> <cite>*[Nous avons encore du temps, trop de temps](https://n.survol.fr/n/nous-avons-encore-du-temps-trop-de-temps)* ([cache](/david/cache/2020/d9b134bfc282d16627d4b43c2f254a22/))</cite>

J’ai envie de hurler aussi lorsque je vois les décisions qui sont prises et les erreurs grossières de communication en temps de crise. Par contre, je suis moins optimiste sur le temps qu’il nous reste. J’ai l’impression que ça craque de partout et qu’il ne manque pas grand chose pour que ça déborde avec violence.

Là où les gouvernements ont eu du mal à gérer une séquence de catastrophes, je les imagine difficilement appréhender un empilement d’évènements de manière systémique sans être — au mieux — contre-productifs. Et là où il y a un déficit de confiance et d’espoir, un vide se crée qui laisse la place à des orientations pas toujours enviables.

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david/2020/fragments/Impatience.md View File

@@ -0,0 +1,6 @@
## Impatience

> *[En mangeant.]*
> J’ai hâte de savoir ce que je vais faire dans ma vie.

Parfois, la prise de recul est assez vertigineuse.

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david/2020/fragments/Jugements.md View File

@@ -0,0 +1,10 @@
## Jugements

> Le problème, estime Ruha Benjamin, c’est que ==les concepteurs encodent des jugements dans des systèmes techniques==, mais prétendent que les résultats racistes et discriminatoires de leurs conceptions sont entièrement extérieurs au processus qu’ils mettent en place. Pour elle, nous sommes confrontés à un *« déni numérique »* alors que nous devrions considérer les choix des industries privées comme des décisions politiques.
>
> <cite>*[De l’automatisation de la discrimination](http://www.internetactu.net/2020/09/15/de-lautomatisation-de-la-discrimination/)* ([cache](/david/cache/2020/ae745ef49435700cf03d51a5eac5db2d/))</cite>

Nos productions techniques sont pleines de biais *et* il suffit parfois d’une seule personne dans l’équipe pour pousser vers une écriture épicène ou considérer des minorités qui étaient complètement dans notre/mon angle mort. C’est un travail quotidien.

Les choix exprimés [plus haut](#post-vitam) sont-ils techniques ou politiques ? *Les deux.* D’autres personnes auraient fait d’autres choix qui auraient aboutis à un autre produit. Je crois que la question n’est pas de savoir s’il aurait été techniquement meilleur ou pas, mais de la direction qu’il invite à prendre en donnant un exemple de futur possible.


+ 7
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david/2020/fragments/Nos cabanes.md View File

@@ -0,0 +1,7 @@
## Nos cabanes

> Or c’est bien pour ça que l’on fait des cabanes : pour prendre soin de ce qui mérite que l’on y tienne, que l’on s’y tienne, et dire ce que l’on a besoin de protéger pour préserver notre amour de la vie.
>
> <cite>*Nos cabanes*, Marielle Macé</cite>

Un style plein d’énergie, peut-être un peu trop parfois pour mon mode de lecture. Je le vois comme un paquet de graines qui est semé [à la rasbaille](https://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Liste_d%E2%80%99expressions_marseillaises_en_fran%C3%A7ais#rabailler). Rattrape qui pourra. J’ai réuni quelques jolies graines, on verra bien ce qui poussera.

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david/2020/fragments/Ornithophile.md View File

@@ -0,0 +1,17 @@
## Ornithophile

> On doit le diagnostique de cet effondrement à des scientifiques aussi bien qu’à des amateurs — il y entre en effet une sorte d’amitié pour les oiseaux, quelque chose que chacun peut éprouver pour son compte. Fabienne Raphoz, qui écrit depuis longtemps, essais et poèmes, sur les oiseaux, se dit ainsi « ornithophile » : ni ornithologue, ni méthodique *birdwatcher*, mais ornithophile, mue par l’amour des oiseaux et le plaisir pris à leur existence.
>
> Ornithophilie : ==joie que les oiseaux soient là, surprise qu’ils existent et qu’ils soient tels==, plaisir pris à la forme de leur présence, à la manière dont ils peuplent le ciel et ouvrent au-devant de nous un monde de lignes et de chants. Mais aussi, et surtout, vigilance quant à leur sort, et tristesse devant leur disparition.
>
> […]
>
> Le disparition progressive du chant des oiseaux est la mesure sonore de ce qui arrive à notre environnement tout entier : de ce qui nous arrive. C’est son poème criant, son élégie, le long lamento, troué de pépiements, de l’anthropocène.
>
> <cite>*[Nos cabanes](/david/2020/12/21/#nos-cabanes)*, Marielle Macé</cite>

Je crois qu’avec mes [jumelles](/david/2020/09/16/#jumelles) je me retrouve beaucoup dans cette description. Je ne sais plus où je lisais, il y a quelques mois, une réflexion poétique sur des survivants de dinosaures qui nous chanteraient depuis toujours des avertissements/témoignages quant aux conséquences d’une extinction de masse. Depuis, je n’écoute plus les oiseaux de la même manière.

> L’écologie aujourd’hui ne saurait être seulement une affaire d’accroissement des connaissances et des maîtrises, ni même de préservation ou de réparation. Il doit y entrer quelque chose d’une *philia* : une amitié pour la vie elle-même et pour la multitude de ses phrasés, un concernement, un souci, un attachement à l’existence d’autres formes de vie et un désir de s’y relier vraiment.
>
> <cite>*Ibid.*</cite>

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david/2020/fragments/Plutot couler en beaute que flotter sans grace.md View File

@@ -1,3 +1,7 @@
## Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce

> S’il n’existe plus de géographie du refuge hors l’exil, et que l’on veut continuer à vivre en société, parce que chacun n’a pas la possibilité de s’échapper en mer ou vers les sommets, alors il faut trouver ailleurs, en soi, la manière de s’extraire de la *Machine* et de faire corps avec le monde vivant contre le *Monstre*.
>
> <cite>*Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce*, Corinne Morel Darleux</cite>

Livre de Corinne Morel Darleux en cours de lecture.

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david/2020/fragments/Pofigisme.md View File

@@ -0,0 +1,7 @@
## Pofigisme

> En Russie, pour signifier qu’on s’en fout, on dit <q>mnie po figou</q>. Et on appelle « pofigisme » l’accueil résigné de toute chose. Les Russes se vantent d’opposer leur pofigisme intérieur aux convulsions de l’Histoire, aux soubresauts du climat, à la vilénie de leurs chefs. Le pofigisme n’emprunte ni à la résignation des stoïciens ni au détachement des bouddhistes. Il n’ambitionne pas de mener l’homme à la vertu sénéquienne ne de dispenser des mérites karmiques. Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier. Le *pofigisme* est ==un état de passivité intérieure corrigée par une force vitale==. Le profond mépris envers toute espérance n’empêche pas le pofigiste de rafler le plus de saveur possible à la journée qui passe.
>
> <cite>*[Dans les forêts de Sibérie](/david/2020/12/21/#dans-les-forets-de-siberie)*, Sylvain Tesson</cite>

J’ai encore un peu de mal à l’accepter mais on a fini par acheter une voiture. Il y a de la résignation dans cet acte et aussi l’espoir de quitter la ville. J’aurais l’occasion d’en reparler mais je voulais consigner cet achat ici pour future référence.

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david/2020/fragments/Post vitam.md View File

@@ -0,0 +1,17 @@
## Post vitam

(Désolé pour les latinistes, si vous avez mieux pour l’inverse d’un *post mortem*…)

Six mois après [la mise en ligne](/david/2020/05/26/), le gouvernement français considère enfin [notre travail](https://mesconseilscovid.sante.gouv.fr/) et se met à communiquer dessus. Je n’ai pas de fierté mais j’avais des frustrations et je vais tenter de les exprimer ci-dessous, probablement avec maladresse.

*Le service est apprécié.* Je ne m’en remet toujours pas mais on a plus de 90 % d’avis positifs de manière relativement constante dans le temps. Associée à cette mesure, on a les messages envoyés qui sont apaisés et aidants (presque aimants parfois !). Lorsque j’observe ce qui se passe côté TousAnti<strike>Stop</strike>Covid, je me dis qu’un tel accueil est plutôt rare. Ou que ce produit est vraiment utile.

*Le site est léger.* Au fil du temps on adapte, on enrichit, on arbitre mais on reste sur une approche économique en terme de bande passante et de ressources, surtout pour une page qui doit rester utilisable sans connexion. Sachant que le site est utilisé à plus de 80 % sur des terminaux mobiles, cela me semble être critique pour une bonne adoption.

*Les données sont protégées.* Principalement car on a fait le choix de ne pas les collecter. Tout reste dans le navigateur et peut être effacé en un clic/touch. C’est une contrainte forte et c’est aussi un moyen de *nous* protéger d’une éventuelle récupération de ces données à des fins moins vertueuses. Le modèle de menace pouvant être externe et/ou interne.

*Les contenus sont statiques.* [L’effet Capital](https://effetcapital.tumblr.com/) est toujours là mais il est tout de même bien amoindri lorsque on sert quelques fichiers HTML/CSS/JS sans aucun travail côté serveur. Les statistiques sont collectés avec [Plausible](https://plausible.io/) que l’on a installé chez nous et que l’on appelle avec du [code compréhensible](https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/blob/master/src/scripts/plausible.js).

*Le code est ouvert.* Cela permet aux citoyens de faire un audit (sécurité, respect de la vie privée, etc) et de [participer](https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/pull/478) pour pallier nos failles/oublis. Cela permet aussi [aux médecins](https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/issues?q=author%3Ayann-mael+) de proposer des mise en conformité à la doctrine gouvernementale directement sur les contenus qui sont en Markdown.

Alors voilà, c’est aujourd’hui devenu un peu moins confidentiel et je m’en réjouis car c’est *notre* [petit caillou](https://mesconseilscovid.sante.gouv.fr/) pour informer dans une situation atypique et anxiogène.

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david/2020/fragments/Reflet.md View File

@@ -0,0 +1,11 @@
## Reflet

> L’amour vrai ne serait-il pas d’aimer ce qui nous est irrémédiablement différent ? Non pas un mammifère ou un oiseau, qui sont encore trop proches de notre humanité, mais un insecte, une paramécie. Il y a dans l’humanisme un parfum de corporatisme reposant sur l’impératif d’aimer ce qui nous ressemble. L’homme se doit d’aimer l’homme comme le chirurgien-dentiste aime les autres chirurgiens-dentistes. Dans la clairière, j’inverse la proposition et tente d’aimer les bêtes avec une intensité proportionnelle au degré d’éloignement biologique qu’elles entretiennent avec moi. ==Aimer c’est reconnaître la valeur de ce qu’on ne pourra jamais connaître.== Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d’un semblable.
>
> <cite>*[Dans les forêts de Sibérie](/david/2020/12/21/#dans-les-forets-de-siberie)*, Sylvain Tesson</cite>

Je redécouvre ces extraits, recopiés il y a quelques mois, sans toujours me souvenir de la raison pour laquelle j’ai été interpellé à l’époque. Alors je ré-interprète mon propre cheminement de pensée. Je deviens mon propre reflet. En perdant la mémoire, reconnait-on la valeur de ce que l’on a déjà connu ? Pari gagnant.

> Le reflet offre à l’homme de contempler deux fois la splendeur. […] Les montagnes jouent à front renversé. Les reflets sont plus beaux que la réalité. L’eau féconde l’image de sa profondeur, de son mystère. La vibration à la surface situe la vision aux lisières du rêve.
>
> <cite>*Ibid.*</cite>

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<h2><a href="/david/2020/10/22/">Grand-écart</a> (2020-10-22)</h2>
<p><em>À la limite de la déchirure.</em></p>
<h2><a href="/david/2020/10/08/">Parvenir</a> (2020-10-08)</h2>
<p><em>Tenter de refuser.</em></p>

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<li><a href="/david/2020/10/22/">Grand-écart</a> (2020-10-22)</li>
<li><a href="/david/2020/10/08/">Parvenir</a> (2020-10-08)</li>
<li><a href="/david/2020/09/16/">Coupable</a> (2020-09-16)</li>

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<updated>2020-10-08T12:00:00+01:00</updated>
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<name>David Larlet</name>
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<rights>Copyright (c) 2004-2020, David Larlet</rights>
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<title>Grand-écart</title>
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<updated>2020-10-22T12:00:00+01:00</updated>
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&lt;p&gt;&lt;em&gt;À la limite de la déchirure.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Post vitam&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Désolé pour les latinistes, si vous avez mieux pour l’inverse d’un &lt;em&gt;post mortem&lt;/em&gt;…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois après &lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/2020/05/26/&quot;&gt;la mise en ligne&lt;/a&gt;, le gouvernement français considère enfin &lt;a href=&quot;https://mesconseilscovid.sante.gouv.fr/&quot;&gt;notre travail&lt;/a&gt; et se met à communiquer dessus. Je n’ai pas de fierté mais j’avais des frustrations et je vais tenter de les exprimer ci-dessous, probablement avec maladresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le service est apprécié.&lt;/em&gt; Je ne m’en remet toujours pas mais on a plus de 90 % d’avis positifs de manière relativement constante dans le temps. Associée à cette mesure, on a les messages envoyés qui sont apaisés et aidants (presque aimants parfois !). Lorsque j’observe ce qui se passe côté TousAnti&lt;strike&gt;Stop&lt;/strike&gt;Covid, je me dis qu’un tel accueil est plutôt rare. Ou que ce produit est vraiment utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le site est léger.&lt;/em&gt; Au fil du temps on adapte, on enrichit, on arbitre mais on reste sur une approche économique en terme de bande passante et de ressources, surtout pour une page qui doit rester utilisable sans connexion. Sachant que le site est utilisé à plus de 80 % sur des terminaux mobiles, cela me semble être critique pour une bonne adoption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les données sont protégées.&lt;/em&gt; Principalement car on a fait le choix de ne pas les collecter. Tout reste dans le navigateur et peut être effacé en un clic/touch. C’est une contrainte forte et c’est aussi un moyen de &lt;em&gt;nous&lt;/em&gt; protéger d’une éventuelle récupération de ces données à des fins moins vertueuses. Le modèle de menace pouvant être externe et/ou interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les contenus sont statiques.&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;https://effetcapital.tumblr.com/&quot;&gt;L’effet Capital&lt;/a&gt; est toujours là mais il est tout de même bien amoindri lorsque on sert quelques fichiers HTML/CSS/JS sans aucun travail côté serveur. Les statistiques sont collectés avec &lt;a href=&quot;https://plausible.io/&quot;&gt;Plausible&lt;/a&gt; que l’on a installé chez nous et que l’on appelle avec du &lt;a href=&quot;https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/blob/master/src/scripts/plausible.js&quot;&gt;code compréhensible&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le code est ouvert.&lt;/em&gt; Cela permet aux citoyens de faire un audit (sécurité, respect de la vie privée, etc) et de &lt;a href=&quot;https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/pull/478&quot;&gt;participer&lt;/a&gt; pour pallier nos failles/oublis. Cela permet aussi &lt;a href=&quot;https://github.com/Delegation-numerique-en-sante/mesconseilscovid/issues?q=author%3Ayann-mael+&quot;&gt;aux médecins&lt;/a&gt; de proposer des mise en conformité à la doctrine gouvernementale directement sur les contenus qui sont en Markdown.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voilà, c’est aujourd’hui devenu un peu moins confidentiel et je m’en réjouis car c’est &lt;em&gt;notre&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;https://mesconseilscovid.sante.gouv.fr/&quot;&gt;petit caillou&lt;/a&gt; pour informer dans une situation atypique et anxiogène.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Jugements&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le problème, estime Ruha Benjamin, c’est que &lt;mark&gt;les concepteurs encodent des jugements dans des systèmes techniques&lt;/mark&gt;, mais prétendent que les résultats racistes et discriminatoires de leurs conceptions sont entièrement extérieurs au processus qu’ils mettent en place. Pour elle, nous sommes confrontés à un &lt;em&gt;« déni numérique »&lt;/em&gt; alors que nous devrions considérer les choix des industries privées comme des décisions politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.internetactu.net/2020/09/15/de-lautomatisation-de-la-discrimination/&quot;&gt;De l’automatisation de la discrimination&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/cache/2020/ae745ef49435700cf03d51a5eac5db2d/&quot;&gt;cache&lt;/a&gt;)&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nos productions techniques sont pleines de biais &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; il suffit parfois d’une seule personne dans l’équipe pour pousser vers une écriture épicène ou considérer des minorités qui étaient complètement dans notre/mon angle mort. C’est un travail quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choix exprimés &lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/2020/10/22/#post-vitam&quot;&gt;plus haut&lt;/a&gt; sont-ils techniques ou politiques ? &lt;em&gt;Les deux.&lt;/em&gt; D’autres personnes auraient fait d’autres choix qui auraient aboutis à un autre produit. Je crois que la question n’est pas de savoir s’il aurait été techniquement meilleur ou pas, mais de la direction qu’il invite à prendre en donnant un exemple de futur possible.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Hurler&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous avions un trimestre. J’ai envie de hurler parce qu’on n’a rien préparé à part de jolis discours pour dire qu’on était prêts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai envie de hurler mais je préfère me concen­trer sur l’avenir. &lt;mark&gt;Nous avons encore du temps&lt;/mark&gt;, plein de temps, trop de temps en fait parce que la situa­tion risque de durer. Ce temps il serait bien de l’uti­li­ser à autre chose que déli­miter ce qu’on inter­dit au fur et à mesure de la propa­ga­tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://n.survol.fr/n/nous-avons-encore-du-temps-trop-de-temps&quot;&gt;Nous avons encore du temps, trop de temps&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/cache/2020/d9b134bfc282d16627d4b43c2f254a22/&quot;&gt;cache&lt;/a&gt;)&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J’ai envie de hurler aussi lorsque je vois les décisions qui sont prises et les erreurs grossières de communication en temps de crise. Par contre, je suis moins optimiste sur le temps qu’il nous reste. J’ai l’impression que ça craque de partout et qu’il ne manque pas grand chose pour que ça déborde avec violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là où les gouvernements ont eu du mal à gérer une séquence de catastrophes, je les imagine difficilement appréhender un empilement d’évènements de manière systémique sans être — au mieux — contre-productifs. Et là où il y a un déficit de confiance et d’espoir, un vide se crée qui laisse la place à des orientations pas toujours enviables.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Délire collectif&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;QAnon, qui était probablement une blague au départ, joue désormais un rôle important dans la campagne électorale américaine. Il met en difficulté les administrateurs des grands réseaux sociaux et il est devenu un réseau mondial à part entière, voire même une secte, comme il est de plus en plus définit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[…]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les études sur le conspirationnisme, les chercheurs ont inventé le néologisme &lt;em&gt;conspirituality&lt;/em&gt; — conspiration + spiritualité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid&quot;&gt;Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [1/2]&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/cache/2020/a7aeda811863501accbfc92553cb1f14/&quot;&gt;cache&lt;/a&gt;)&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je ne m’étais pas intéressé plus que ça à ce qu’il y avait derrière l’étiquette &lt;em&gt;QAnon&lt;/em&gt; et d’une certaine manière — après la sidération/tristesse — il y a un côté rassurant. J’ai parfois la nécessité de me rassurer sur ma santé mentale lorsque je me dis que la situation actuelle ne peut déboucher que sur un renouveau de la Croyance (&lt;em&gt;conspiritualité&lt;/em&gt; en français c’est encore mieux). Tous les éléments sont réunis et je m’attendais à un &lt;em&gt;leader&lt;/em&gt; charismatique mais en fait un phénomène diffus et décentralisé pourrait être encore plus puissant.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s’agit pas ici de la liberté d’expression ou de culte d’une minorité persécutée. Nous parlons d’une secte réelle (QAnon) qui croit en l’existence d’une secte imaginaire (la Cabale), invente des calomnies impressionnantes, déchaîne ses adeptes dans des lynchages virtuels et rêve d’extermination, bien que – pour le moment du moins – ils comptent sur un pouvoir putschiste pour la réaliser. Tout cela en vénérant un milliardaire, Donald Trump, qui est aussi l’homme politique le plus puissant de la planète.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[…]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je choisis les &lt;mark&gt;fantasmagories du complot&lt;/mark&gt; parce que, par rapport à l’analyse de classe de la société et à la critique de l’économie politique, ils sont moins contraignants et plus confortables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid-3491&quot;&gt;Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [2/2]&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/cache/2020/d2f9981b67269d49060a09ce9d768831/&quot;&gt;cache&lt;/a&gt;)&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je trouve cela fascinant de pouvoir observer les mécanismes au sein de telles communautés. Les potins d’une cours de récréation à la dimension du web. Il y a un enfant de 7 ans à la maison qui nous rapporte que son ami à trouvé un diamant dans son jardin. Je crois qu’il s’agit du même schéma d’auto-persuasion collective qui est à l’œuvre… à une toute autre échelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Pofigisme&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;En Russie, pour signifier qu’on s’en fout, on dit &lt;q&gt;mnie po figou&lt;/q&gt;. Et on appelle « pofigisme » l’accueil résigné de toute chose. Les Russes se vantent d’opposer leur pofigisme intérieur aux convulsions de l’Histoire, aux soubresauts du climat, à la vilénie de leurs chefs. Le pofigisme n’emprunte ni à la résignation des stoïciens ni au détachement des bouddhistes. Il n’ambitionne pas de mener l’homme à la vertu sénéquienne ne de dispenser des mérites karmiques. Les Russes demandent simplement qu’on les laisse vider une bouteille aujourd’hui parce que demain sera pire qu’hier. Le &lt;em&gt;pofigisme&lt;/em&gt; est &lt;mark&gt;un état de passivité intérieure corrigée par une force vitale&lt;/mark&gt;. Le profond mépris envers toute espérance n’empêche pas le pofigiste de rafler le plus de saveur possible à la journée qui passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/2020/12/21/#dans-les-forets-de-siberie&quot;&gt;Dans les forêts de Sibérie&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, Sylvain Tesson&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J’ai encore un peu de mal à l’accepter mais on a fini par acheter une voiture. Il y a de la résignation dans cet acte et aussi l’espoir de quitter la ville. J’aurais l’occasion d’en reparler mais je voulais consigner cet achat ici pour future référence.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Dettes&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;You’re probably going to die with some debt to your name. Most people do. In fact, &lt;mark&gt;73% of consumers had outstanding debt when they were reported as dead&lt;/mark&gt;, according to December 2016 data provided to Credit.com by credit bureau Experian. Those consumers carried an average total balance of $61,554, including mortgage debt. Without home loans, the average balance was $12,875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.credit.com/blog/americans-are-dying-with-an-average-of-62k-of-debt-168045/&quot;&gt;Americans Are Dying With an Average of $62K of Debt&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/cache/2020/a72d2139ab4c1269363ea1744a61ee50/&quot;&gt;cache&lt;/a&gt;)&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un états-unien sur quatre meurt en étant toujours endetté. Au moment où je m’interroge à ce sujet, cette statistique est assez terrifiante. Tout est fait pour vivre à crédit en Amérique du Nord et il est très difficile d’y échapper, ne serait-ce que pour être crédit…ble lorsqu’on cherche à louer un logement. C’est assez contre-intuitif pour ma culture qui interprète l’endettement comme un discrédit justement. N’est-il pas suffisant de vivre avec ce que l’on a déjà « acquis » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Probablement à rapprocher d’une culture colonisatrice et insatiable.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Ornithophile&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;On doit le diagnostique de cet effondrement à des scientifiques aussi bien qu’à des amateurs — il y entre en effet une sorte d’amitié pour les oiseaux, quelque chose que chacun peut éprouver pour son compte. Fabienne Raphoz, qui écrit depuis longtemps, essais et poèmes, sur les oiseaux, se dit ainsi « ornithophile » : ni ornithologue, ni méthodique &lt;em&gt;birdwatcher&lt;/em&gt;, mais ornithophile, mue par l’amour des oiseaux et le plaisir pris à leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ornithophilie : &lt;mark&gt;joie que les oiseaux soient là, surprise qu’ils existent et qu’ils soient tels&lt;/mark&gt;, plaisir pris à la forme de leur présence, à la manière dont ils peuplent le ciel et ouvrent au-devant de nous un monde de lignes et de chants. Mais aussi, et surtout, vigilance quant à leur sort, et tristesse devant leur disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[…]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le disparition progressive du chant des oiseaux est la mesure sonore de ce qui arrive à notre environnement tout entier : de ce qui nous arrive. C’est son poème criant, son élégie, le long lamento, troué de pépiements, de l’anthropocène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/2020/12/21/#nos-cabanes&quot;&gt;Nos cabanes&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, Marielle Macé&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu’avec mes &lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/2020/09/16/#jumelles&quot;&gt;jumelles&lt;/a&gt; je me retrouve beaucoup dans cette description. Je ne sais plus où je lisais, il y a quelques mois, une réflexion poétique sur des survivants de dinosaures qui nous chanteraient depuis toujours des avertissements/témoignages quant aux conséquences d’une extinction de masse. Depuis, je n’écoute plus les oiseaux de la même manière.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’écologie aujourd’hui ne saurait être seulement une affaire d’accroissement des connaissances et des maîtrises, ni même de préservation ou de réparation. Il doit y entrer quelque chose d’une &lt;em&gt;philia&lt;/em&gt; : une amitié pour la vie elle-même et pour la multitude de ses phrasés, un concernement, un souci, un attachement à l’existence d’autres formes de vie et un désir de s’y relier vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2&gt;Reflet&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’amour vrai ne serait-il pas d’aimer ce qui nous est irrémédiablement différent ? Non pas un mammifère ou un oiseau, qui sont encore trop proches de notre humanité, mais un insecte, une paramécie. Il y a dans l’humanisme un parfum de corporatisme reposant sur l’impératif d’aimer ce qui nous ressemble. L’homme se doit d’aimer l’homme comme le chirurgien-dentiste aime les autres chirurgiens-dentistes. Dans la clairière, j’inverse la proposition et tente d’aimer les bêtes avec une intensité proportionnelle au degré d’éloignement biologique qu’elles entretiennent avec moi. &lt;mark&gt;Aimer c’est reconnaître la valeur de ce qu’on ne pourra jamais connaître.&lt;/mark&gt; Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d’un semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://larlet.fr/david/2020/12/21/#dans-les-forets-de-siberie&quot;&gt;Dans les forêts de Sibérie&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, Sylvain Tesson&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je redécouvre ces extraits, recopiés il y a quelques mois, sans toujours me souvenir de la raison pour laquelle j’ai été interpellé à l’époque. Alors je ré-interprète mon propre cheminement de pensée. Je deviens mon propre reflet. En perdant la mémoire, reconnait-on la valeur de ce que l’on a déjà connu ? Pari gagnant.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le reflet offre à l’homme de contempler deux fois la splendeur. […] Les montagnes jouent à front renversé. Les reflets sont plus beaux que la réalité. L’eau féconde l’image de sa profondeur, de son mystère. La vibration à la surface situe la vision aux lisières du rêve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;cite&gt;&lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2&gt;Impatience&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;[En mangeant.]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
J’ai hâte de savoir ce que je vais faire dans ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Parfois, la prise de recul est assez vertigineuse.&lt;/p&gt;
&lt;hr/&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;mailto:david@larlet.fr&quot;&gt;Réagir ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</summary>
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<title>Parvenir</title>
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